Une envie irrésistible de lui refaire l’amour
guidait, depuis une heure, minutieusement mon
comportement.
Aurore était
assise en face de moi sur le canapé avec cet air lascif et ce petit
sourire de biais.
Est ce
l’effet des trois gins tonics que je lui avais servi ou de la
discussion que j’avais engagée sur nos rapports passés.
Toujours est-il qu’elle était dans un drôle
d’état.
J’étais
habitué à la voir comme ça, là, devant moi depuis ces dernières
années pendant lesquelles nos rapports s’étaient sérieusement
envenimés.
Je restais sur
mes réserves. Je n’osais pas faire un geste de travers
qu’elle aurait pu interpréter d’une façon ou
d’une autre. Je veillais au maximum à ne rien
gâcher.
Il fallait que
cela vienne d’elle et qu’elle en exprime le désir. Je
marchais sur des œufs.
Elle
m’écoutait apparemment satisfaite que je me livre à elle en
lui racontant les aspects de ma psychothérapie la concernant :
à savoir le mal que j’avais à me débarrasser des mes
fantasmes érotiques la concernant.
Bien sur,
j’étais resté très évasif sur la question et je n’étais
pas rentré dans les détails concernant mes masturbations solitaires
ou je la mettais en scène en lui faisant subir des assauts sexuels
aussi dément et violent que nos rapports passés et mon imagination
pouvaient me laisser imaginer.
Notre unique
relation sexuelle réelle avait duré une semaine, il y a maintenant
dix ans mais les souvenirs encore vigoureux de nos exploits
restaient encore profondément gravés dans mon corps et ma
mémoire.
Sur le moment
les perspectives d’ouvertures sexuelles m’avaient
semblé infinies tant elle s’était lâché avec moi de façon
délicieusement incroyable et dévergondée.
Mais depuis
elle s’était rétracté violemment en réprouvant ce qui
c’était passé entre nous. Malgré tout, elle avait un mal fou
à fixer une nouvelle relation, neutre, avec moi, tant je
m’efforçais plus ou moins consciemment de ne considérer
qu’un rapport possible entre nous, uniquement basée sur le
sexe.
Peut être à
l’époque, si je m’étais séparé de Déborah, sa meilleure
amie et encore mon épouse, et dieu sait si cela a faillit arriver
un paquet de fois, peut être aurait-elle envisagé une liaison entre
nous.
En fait Aurore
avait toujours été plus ou moins secrètement amoureuse de moi, elle
l’avait admis plusieurs fois avant et surtout pendant nos
exploits libidineux. Elle aurait aimé être à la place de Déborah.
Elle aurait aimé que je lui fasse un enfant à l’époque, une
fille de préférence. Elle m’avait confessé qu’elle y
avait songé pendant cette semaine folle. Elle m’avait aussi
avoué que pris par l’ivresse charnelle, elle en avait plus ou
moins volontairement oublié de prendre régulièrement ses
pilules.
Que plus tard,
lorsqu’elle avait eut ce retard de règles, elle avait fait
des projets fous, jusqu'à imaginer que si elle avait un enfant de
moi elle aurait demandé à Déborah de me partager avec
elle.
Ces espoirs de
couples à trois n’avaient duré que deux ou trois semaines
jusqu’au retour de ses règles.
Dans les
années qui s’écoulèrent, après des aveux collectif et
psycho-patho-illogique elle décida fermement de ne privilégier sa
relation d’amitié qu’avec Déborah et de tirer un trait
ferme et définitif sur moi et de me laisser dans mes branlettes
sauvages.
Mais souvent
et régulièrement des regards, des attitudes inconscientes la
trahissait : sa tête semblait dire non mais son corps en
redemandait. Cela avait était dur à gérer pour elle pendant toute
ces années ce retour du refoulé, elle s’en sortait le plus
souvent en ayant avec moi des rapports agressifs, me reprochant
sans arrêt telle ou telle attitude plus ou moins machiste ce qui ne
faisait aucune illusion pour moi comme pour Déborah.
il faudrait
que tu recouche un jour avec elle pour vous débarrasser
de
toutes votre
agréssivité m’avait dit un soir Déborah après une soirée avec
des amis ou nous étions copieusement agressée et avions plombé
sérieusement le climat.
Aujourd’hui, elle devait être au summum de la confusion,
j’étais enfin arrivé à la remettre dans un état de trouble
suprême.
Tout en
parlant, je louchais régulièrement sur sa poitrine opulente, elle
n’avait pas de soutien-gorge, l’avait-elle fait exprès
ce soir, et les bouts de ses seins, bien ronds, pointaient sous son
chemisier.
Je me
remémorais son corps rond et voluptueux que j’avais eu à moi
pendant cette semaine magique.
Elle
s’aperçut au bout d’un moment de mon manège, nous nous
regardâmes un instant sans rien dire.
Je me retenais
de ne pas lui sauter dessus.
Elle
s’étira et croisa ses deux mains derrière sa tête, son
attitude favorite d’observation et de refuge. Ce qui voulait
dire qu’elle se méfiait de moi, mais cela avait
l’avantage de remonter encore plus ses seins. Cela aurait pu
finir de me rendre fou et de déclencher une fureur organique qui
lui aurait permit de me renvoyer dans les cordes.
Cela ne
m’empêcha pas de bander pour autant sous mon jean, ce
qu’elle pouvait deviner si toutefois elle y portait
attention, J’en fut remplis d’aise et gardais
volontairement une espèce de flegme ironique.
Le silence qui
risquait de s’installer ne me gênait guerre, au contraire je
m’en régalerais si toutefois il arrivait à se maintenir. Mais
c’était tout ce qu’elle ne supportait pas entre nous,
ce silence et elle le rompit.
- Ma foi, si
je comprends bien je compte encore beaucoup pour toi.
J’avais
l’impression de venir marquer un point. Elle n’était
pas dupe de mes intentions et j’avais décidé de lui laisser
l’initiative et restais dans mon mutisme.
- Tu ne
réponds pas fit-elle mine d’être étonné
Je la
regardais dans les yeux Je faillis lui répondre et rentrer dans son
jeu. La fin du CD de Calvin Russel me sauva in extremis. Je me
levai pour mettre une compilation de mes morceaux préférés sur un
CD gravé. Je choisis un morceau de Neil Young, " Like un
Hurricane >> c’était une version Live de Roxy
Music que j’avais écouté cet après midi un paquet de fois
pour me permettre d’écrire le récit d’un concert
dans la nouvelle sur laquelle je bossais en ce moment :
" Place Carli, c’est finit ". Le morceau était
singulièrement long et plombé libidinalement par la voix envoutante
de Bryan Ferry.
J’avais
imaginé dans mon histoire qu’avec une telle voix le chanteur
que je décrivais était responsable de l’inondation de
culottes, de string voire de pantalons moulant de nombreuses
cagoles marseillaises qui avaient assisté au concert. Cela
allait-il en être de même avec Aurore. Je savais par expérience
qu’elle était principalement sensible à la voix du chanteur
de Roxy sur laquelle je l’avais fait se pâmer de nombreuses
fois pendant notre semaine héroïque.
Je revins
m’asseoir en me servant un autre gin et en lui proposant une
autre qu’elle accepta sur-le-champ.
- Mais
c’est Briand Ferry me dit-elle subitement.
- C’est
une surprise, lui dit-je en lui passant la jaquette du
CD.
Je venais de
reprendre le contrôle de la situation. Le sourire qu’elle me
rendit me sembla particulièrement lourd d’émotion. J’en
profitais pour lâcher La tirade que je cogitais depuis un
moment
- Et pour en
revenir à tes interrogations, je suis maintenant certain
d’une chose : Tu as toujours compté pour moi, comme moi
pour toi et tu le sais bien. Si on devait s ‘y mettre,
j’aurais peut être trop de chose à te dire sur ce sujet. On
se connaît tous les deux depuis 20 ans maintenant, t’en
rends-tu compte réellement. Es ce que l’on va continuer
encore à tourner autour du pot, poursuivre à s’empoisonner
l’existence et se raconter des salades à ce sujet. Tu sais,
on a dépassé tous les deux la quarantaine, es ce que tu veux
toujours que nous continuions nos minauderies d’adolescents
encore longtemps.
Elle ne
répondait pas, feignît de faire sa mise boudeuse comme
lorsqu’une réflexion ne lui plaisait pas. Je crus un instant
que j’allais prendre une cartouche sous forme de remarque
acerbe. Mais la musique et l’alcool faisait leur effet. Elle
but une gorgée de gin, son regard qu’elle essayait de cacher
derrière son verre pétillait de curiosité.
- des fois, je
me demande si par sécurité, je ne dois pas rester sur ce recul que
tu me reprochais tout à l’heure ou me lâcher, au risque
d’envenimer encore plus nos rapports.
Elle posa son
verre et repris sa position avec ses mains derrière la
tête.
- ma foi,
c’est vrai que nos rapports n’ont pas toujours été au
beau fixe ces dernières années et que pourrais-tu faire ou dire qui
puisse aggraver la situation parce que l’arranger me paraît
perdu d’avance.
- Je crois que
ce n’est pas moi qui ai des choses à dire ce soir sur le
sujet, mais toi si je ne me trompe pas en espérant lui enfoncer une
banderille qui l’obligerait à se démasquer.
Elle eut son
petit rire :
- hum !
Hum !, tu crois que j’ai des choses à te dire et que je
ne dis pas, tu ne te prendrais pas pour mon psy par hasard dit-elle
mi agressive mi souriante en mordant à l’hameçon et en en
attendant une réponse de ma part.
- je ne
t’oblige à rien, je ne suis pas ton psy, non ? Et tu le
sais bien ! Et même si j’ai longtemps été ton confident
cela nous a amené pour l’instant dans une sacrée impasse si
tu veux en convenir ?
Son regard
s’éclaira. Etait-elle prête à se lâcher de nouveau. Je ne fis
mine d’aucune manière d’en demander davantage.
C’était maintenant à elle de faire un choix. Je ne bougerais
pas de la soirée, et j’avais assez éveillé ses vieux
instincts pour être sur que d’une manière ou une autre, elle
ne partirait pas sans arriver au bout de la question même si cela
devait mal finir.
Je la
regardais comme un poisson dans la nasse en me demandant comment
elle allait s’en tirer.
J’avais
tout le temps devant moi, je savais maintenant qu’elle ne
partirait sans lâcher le morceau.
Il y a dix ans
c’est moi qui avais fait le premier pas, ce qu’elle,
une fois notre semaine érotique passée, avait essayé de me
reprocher en me disant qu’elle n’avait pas su résister
à mes avances insistantes, elle reconnaissait que s’était
difficile de me résister et que tout cela n’avait été
qu’une passade. Passade pour elle ? J’avais besoin
d’en avoir le cœur net. Et si, dans l’heure qui
allait suivre, je ne faisais pas une faute sur le fil que
j’avais réussit à tendre entre nous, j’allais enfin
encore pouvoir profiter du coté le plus obscur de son énergie
sexuelle.
Si ça
fonctionnait : finit les Gazous !
Gazous !
Elle
n’aurait enfin plus rien à me reprocher.
Je fis mine de
regarder ma montre comme pour calculer le temps qui lui restait à
tenir et pour aiguiser encore plus sa curiosité.
A
suivre.
Sylvain
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